03 novembre 2012

LES ACTUS DE METROPOLE MARSEILLEPROVENCE- NOMINATION DE LAURENT THIERY PREFET HORS CADRE CHARGE DE L'AGGLO MARSEILLE PROVENCE

Le préfet chargé de la métropole et les « vertus magiques » du projet urbain

A La nomination de Laurent Théry au poste de « Préfet hors cadre chargé du projet de l'agglomération Marseille-Provence » modifie-t-elle les termes du débat sur la construction de la métropole marseillaise, serpent de mer de la politique locale depuis... les années 1920 ?

Son parcours professionnel nous est rappelé par Marsactu. Économiste de formation, il entre dans l’administration des collectivités locales en 1985 à Saint-Nazaire, port industriel dont l’économie dépend de la construction navale, secteur durement et durablement frappé par la crise. Chargé des questions de développement, il reste 10 ans auprès du maire (PS) avant de rejoindre Jean-Marc Ayrault à Nantes où il est nommé Président du District de l’agglomération nantaise, embryon de la Communauté urbaine de Nantes créée en 2001, au sein de laquelle Théry occupe le poste de Directeur général jusqu’en 2003.

D’administrateur de communautés urbaines, nouvelles entités de la coopération intercommunale instaurées par la Loi Chevènement de 1999, Théry devient gestionnaire de projets urbains. Il dirige en effet entre 2004 et 2010, la Société d'aménagement de la métropole Ouest Atlantique qui assure la maîtrise d’ouvrage du projet de l’île de Nantes (sortes d’Euroméditerranée version nantaise, et toute chose égale par ailleurs) avant de prendre les reines du projet Eurallille.

Cette trajectoire témoigne de certaines propriétés sociales qui dessinent les contours d'une nouvelle identité professionnelle, celle d'entrepreneur de la métropolisation et qui combine des compétences et des savoir-faire au sein des collectivités locales et des établissements public d'aménagement et d'urbanisme. Elles ne sont pas sans rappeler, par ailleurs, celles d’autres personnalités qui animent la fabrique des politiques locales à Marseille.

Premièrement, Laurent Théry n’est pas originaire de la région (né à Roanne, dans la Loire, il fait presque figure idéal-typique de « Monsieur Brun »). On retrouve cet appel à des hommes et des femmes extraits du contexte politique local, dans le cas de Bernard Latarjet, ou de certains hauts-fonctionnaires territoriaux (responsable de services ou de directions dans les collectivités locales). Cette démarseillisation est justifiée par ceux qui la mettent en œuvre (les responsables politiques et économiques locaux, ou, dans ce cas, l’État) comme un instrument de dépolitisation.

Recourir à un homme neuf, c’est neutraliser les critiques qui contesteraient son affiliation partisane ou son allégeance à une collectivité locale. Notons que cette non-appartenance ne signifie pas l’absence de rapport à la ville. Laurent Théry a vécu à Marseille dans sa jeunesse et a failli rejoindre la communauté urbaine de Marseille-Provence Métropole (MPM) lors des réflexions sur la rénovation du Vieux-Port.

Cette propriété est corrélée avec la notoriété technique dont il jouit. Lauréat du Grand Prix de l'urbanisme en 2010, Laurent Théry bénéficie d'une large reconnaissance dans son domaine de compétence. Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry lui reconnaissent sa capacité à établir le dialogue entre élus dans un environnement fragmenté et conflictuel. À cette ressemblance entre les contextes politiques nantais, lillois et marseillais, s’ajoute celle entre les contextes économiques marqués par un déclin industrialo-portuaire.

Enfin, dernière propriété du consensus : Théry, comme Latarjet, est présumé un « homme de gauche ». Cette identité n’est pas un inconvénient dans un territoire politiquement morcelé où les villes-centres (Marseille et Aix) sont à droite, mais où les Conseils généraux et régionaux, ainsi que MPM, la communauté d'agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Etoile, du Pays de Martigues, de l’agglopole Salon Etang de Berre et Syndicat d'Agglomérations Nouvelles Ouest-Provence-Istres sont présidés par des socialistes.

En dépit de ces qualités, la tâche de Théry, chacun le reconnaît, s’avère délicate. Chargé de réconcilier les vues des élus locaux sur l’adoption d’une « métropole » telle qu’elle est définit par la loi, ceux-ci sont tous d’accord pour rejeter cette perspective.

Rappelons que la réforme des collectivités territoriales de décembre 2010 prévoient deux statuts aux grandes communes : les « métropoles » réservées aux espaces comprenant plus de 450 000 habitants, soit les territoires de Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice et Strasbourg ; et les « pôles métropolitains ». Ces derniers disposent d’une gestion plus souple et limitent les compétences partagées. Comme le rappelle Jacques Boulesteix, les premières sont, en revanche, davantage un « outil d’intégration ». Et c’est cette perspective qui suscite le refus parmi l’ensemble des responsables des intercommunalités, exceptés MPM.

La revendication d’une autonomie de la part des communes périphériques, par rapport à ce qui est ressentie comme une ambition hégémonique de la part de Marseille fonctionne comme une dépendance à un sentier institutionnel historiquement ancré et périodiquement réactivée. Par ailleurs, ces élus s’étonnent du lien établi entre le manque de coopération et d’intégration intercommunale et les difficultés subies par Marseille, objet de la visite ministérielle.

« En quoi l'intégration forcée d'Aix, Martigues, Aubagne, Salon ou Ouest-Provence dans une grande métropole ferait reculer la misère ou l'insécurité à Marseille ? » s’étonnent-ils.

Ce lien est soulevé par un échange sur twitter avec Renaud Epstein, sociologue et maître de conférence en science politique à l’Université de Nantes, spécialiste des questions de la politique de la ville et de la rénovation urbaine :

renaud epstein ‏@renaud_epstein
L. Théry préfet de l'agglo Marseille http://bit.ly/QnVKnp  ou le pari de la résolution des pbs politiques & sécurité par le projet urbain

Nicolas Maisetti ‏@nmaisetti
@renaud_epstein Pas sûr que Théry traitera de la sécurité, ce sera plutôt le rôle du nveau préfet de police, Bonnetain, non ? #MétropoleMars

renaud epstein ‏@renaud_epstein
@nmaisetti Oui & non. Ds contexte rabattement de la prévention délinq sur prev. situationnelle, le projet urbain est paré de vertus magiques

Quelles sont donc les « vertus magiques » du projet urbain évoquées par Renaud Esptein ? Les projets urbains sont en effet autre chose qu’un assemblage de programmes de construction immobilière, d’opérations financières ou d’incitations fiscales destinées à favoriser l’implantation d’entreprises. Non seulement, ils jouent sur la transformation de l’image d’un territoire, de son identité économique, comme fondement de l’amélioration de ses performances, mais ils fonctionnent, plus largement, comme des « instruments de l’action publique, autrement dit, des modes d’action » pour reprendre les termes de Gilles Pinson.

Aussi, le projet urbain n’est pas qu’affaire de requalification d’un quartier, il est surtout une instance de création d’une capacité d’action collective à l’échelle d’une agglomération. Il intègre et contribue à densifier des réseaux de coopération (qui dans le cas de Marseille s’avèrent pour le moins limités). Les travaux scientifiques sur la gouvernance urbaine tendent à conclure ainsi à l’existence d’acteurs collectifs ou de villes-acteurs permises par le projet urbain.

À Marseille, ce serait donc l’absence de dynamique collective du projet urbain qui expliquerait et alimenterait les logiques de fragmentation politique, de décrochage économique, nourrissant les conditions sociales de la délinquance. Cette hypothèse, au fondement de la nomination de Théry, témoigne en creux de l’ampleur de l’échec, aux yeux de l’État, du projet Euroméditerranée, pensé comme étant un « accélérateur de métropole ».

Le Premier ministre répond ainsi à ceux qui voient dans le projet de « métropole » un outil inadapté à la crise de Marseille, son insécurité et son chômage : nommer un spécialiste du dialogue inter-communal pour enrayer une situation de « très grande perdition » participerait, au contraire, à la lutte contre les « inerties, les conservatismes, les blocages ». Et de citer invariablement le cas de l’absence de réseau des transports publics sur les axes de l’agglomération.

Jean-Marc Ayrault a néanmoins prévenu : si la « magie » ne prend pas, le Parlement se saisira de la question. Pour une nouvelle étape de la mise sous tutelle de la ville ? ou de la construction de l’impossible métropole marseillaise ?

Crédit Photo : Ouest-France

lundi 10 septembre 2012

Les préfets de Marseille

A Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, se rend aujourd’hui à Marseille pour expliquer les mesures décidées lors du Comité interministériel « sur l’agglomération marseillaise ». Deux jours durant, il rencontrera les élus (tous les élus ?) du territoire pour évoquer les deux principales questions qui ont fait l’objet dela réunion de Matignon jeudi dernier : la délinquance et la métropolisation, qualifiée par le gouvernement comme « deux préalables au développement de l’agglomération de Marseille ».

Passé l’effet de surprise de l’absence d’articulation entre ces deux enjeux qui contraste avec la volonté répétée de proposer un « projet d’ensemble », on peut lire les trains de mesures annoncées comme l’introduction de nouveaux rapports de force institutionnels entre l’État et la ville traitée au prisme de l’exceptionnalité. Suffisant pour parler de mise sous tutelle. ?

La question de la délinquance

205 policiers et gendarmes renforceront les rangs de la sécurité publique ; une Zone de sécurité prioritaire dans les quartiers Sud viendra compléter au début de l’année 2013 celle déjà actée dans les quartiers Nord ; le tout sera accompagné de la construction de nouveaux centres éducatifs fermés et par le recrutement d’éducateurs en milieu ouvert.

Surtout, un « préfet de police » de plein exercice remplacera prochainement le préfet délégué à la sécurité. Sur le modèle parisien, le futur haut-fonctionnaire sera placé sous l’autorité directe du Ministre de l’Intérieur. Depuis Colbert, le préfet de police de Paris dispose de toute latitude pour faire respecter l’ordre public et la circulation (bonne chance à Marseille).

Qui pour occuper cette lourde tâche ? « Des nominations interviendront dans les prochains jours, les prochaines semaines » a déclaré Jean-Marc Ayrault. L’actuel titulaire du poste de préfet délégué à la sécurité (donc sous l’autorité du Préfet de région), Alain Gardère, ne tient pas la corde. En réponse à la proposition de Samia Ghali de recourir à l’armée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants dans les quartiers, Alain Gardère avait vanté une « ville plutôt paisible » et déclaré que le « nombre de policiers » est suffisant. Dès lors, on voit mal comment, le préfet Gardère, installé par Claude Guéant en août 2011 à la suite de « l’affaire du parking » et réputé proche de l’ancien Président de la République, pourrait rester à son poste. Si plusieurs noms circulent pour occuper le bureau (qui devra subir un léger réaménagement) du Préfet, celui de Christian Lothion, ancien patron de la PJ marseillaise en 2006 et actuel directeur central de la PJ est celui qui revient avec le plus d’insistance. Il deviendrait le 7e préfet chargé des questions de sécurité en 10 ans.

La question de la métropole

C’est le deuxième thème de la réunion du 6 septembre :

« Les besoins quotidiens de la population de l’agglomération ne sont pas satisfaits correctement, notamment en matière de transports et de logement. Les inégalités de ressources génèrent des disparités qui gênent le développement de l’ensemble de l’agglomération : ce sont tous les habitants de l’agglomération qui sont atteints quand la ville-centre n’a pas les moyens de financer ses infrastructures ou d’enrayer la dégradation des quartiers les plus pauvres. Les habitants savent que, dans une agglomération d’une telle densité, il ne peut pas y avoir deux vérités, celle en-deçà des limites d’une commune, et celle au-delà. De nombreux élus, ainsi que le monde économique, ont appelé à la création d’une grande métropole. »

Le diagnostic est depuis longtemps partagé par les experts, aménageurs, chefs d’entreprise de la région : l’absence d’intégration institutionnelle est un frein majeur au développement économique (voir les travaux du feu Club de l'aire métropolitaine marseillaise) . Ce débat est au moins aussi ancien que celui sur la sécurité. Dans l'immédiat après Première guerre mondiale, les élites économiques évoquaient l’hypothèse d’un Grand Marseille dans un rapport transmis au Conseil général. Cette idée reposait sur la construction d’une agglomération en cercles concentriques organisée autour d’un centre dédié au commerce et à la finance, du port à Fos et du tourisme dans les Calanques.

Ce projet butait déjà sur les résistances de certains élus locaux inquiets de voir des compétences et des fiefs électoraux leur échapper. L’ambition métropolitaine est remise sur le métier en 1963 lors de la création de la DATAR. Alors que le projet précédent était porté par les élites économiques locales, celui des années 1960 correspond à l’objectif étatique de favoriser l’émergence de métropoles régionales, les fameuses « métropoles d’équilibre ». Ce projet ressemble à celui des années 20, en particulier en partageant l’objectif de faire un Grand Marseille à partir d’une extension de la ville-centre et d’une annexion des périphéries. Hors de question pour les aïeux des Joyssains et consorts dans un contexte alors marqué par un dynamisme économique des périphéries et un plongeon industriel de Marseille.

Les innovation institutionnelles de la fin des années 90 ont tout de même débouché sur la création de la Communauté urbaine, mais qui reproduit la désagglomération et le morcellement historique d’une métropolisation impossible.

C’est ici qu’intervient la proposition de l’État de faire :

« en sorte que l’agglomération marseillaise (1,8 M habitants), qui est aujourd’hui organisée en 6 structures (Marseille Provence Méditerranée, CA Pays d’Aubagne, CA du Pays d’Aix, CA du Pays de Martigues, CA de Salon-Etang de Berre, et SAN Ouest-Provence -Istres-) chemine vers la solution de la métropole. »

Si cette solution est (même pas poliment) refusée par les élus locaux, reste à savoir si la création d’un poste de « Préfet chargé de la stratégie de l’agglomération » changera la donne. De quels moyens disposera cette nouvelle structure pour convaincre les élus d’accepter une solution métropolitaine refusée depuis un siècle ?

Crédits Photos : REUTERS/Charles Platiau

Le préfet chargé de la métropole et les « vertus magiques » du projet urbain

A La nomination de Laurent Théry au poste de « Préfet hors cadre chargé du projet de l'agglomération Marseille-Provence » modifie-t-elle les termes du débat sur la construction de la métropole marseillaise, serpent de mer de la politique locale depuis... les années 1920 ?

Son parcours professionnel nous est rappelé par Marsactu. Économiste de formation, il entre dans l’administration des collectivités locales en 1985 à Saint-Nazaire, port industriel dont l’économie dépend de la construction navale, secteur durement et durablement frappé par la crise. Chargé des questions de développement, il reste 10 ans auprès du maire (PS) avant de rejoindre Jean-Marc Ayrault à Nantes où il est nommé Président du District de l’agglomération nantaise, embryon de la Communauté urbaine de Nantes créée en 2001, au sein de laquelle Théry occupe le poste de Directeur général jusqu’en 2003.

D’administrateur de communautés urbaines, nouvelles entités de la coopération intercommunale instaurées par la Loi Chevènement de 1999, Théry devient gestionnaire de projets urbains. Il dirige en effet entre 2004 et 2010, la Société d'aménagement de la métropole Ouest Atlantique qui assure la maîtrise d’ouvrage du projet de l’île de Nantes (sortes d’Euroméditerranée version nantaise, et toute chose égale par ailleurs) avant de prendre les reines du projet Eurallille.

Cette trajectoire témoigne de certaines propriétés sociales qui dessinent les contours d'une nouvelle identité professionnelle, celle d'entrepreneur de la métropolisation et qui combine des compétences et des savoir-faire au sein des collectivités locales et des établissements public d'aménagement et d'urbanisme. Elles ne sont pas sans rappeler, par ailleurs, celles d’autres personnalités qui animent la fabrique des politiques locales à Marseille.

Premièrement, Laurent Théry n’est pas originaire de la région (né à Roanne, dans la Loire, il fait presque figure idéal-typique de « Monsieur Brun »). On retrouve cet appel à des hommes et des femmes extraits du contexte politique local, dans le cas de Bernard Latarjet, ou de certains hauts-fonctionnaires territoriaux (responsable de services ou de directions dans les collectivités locales). Cette démarseillisation est justifiée par ceux qui la mettent en œuvre (les responsables politiques et économiques locaux, ou, dans ce cas, l’État) comme un instrument de dépolitisation.

Recourir à un homme neuf, c’est neutraliser les critiques qui contesteraient son affiliation partisane ou son allégeance à une collectivité locale. Notons que cette non-appartenance ne signifie pas l’absence de rapport à la ville. Laurent Théry a vécu à Marseille dans sa jeunesse et a failli rejoindre la communauté urbaine de Marseille-Provence Métropole (MPM) lors des réflexions sur la rénovation du Vieux-Port.

Cette propriété est corrélée avec la notoriété technique dont il jouit. Lauréat du Grand Prix de l'urbanisme en 2010, Laurent Théry bénéficie d'une large reconnaissance dans son domaine de compétence. Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry lui reconnaissent sa capacité à établir le dialogue entre élus dans un environnement fragmenté et conflictuel. À cette ressemblance entre les contextes politiques nantais, lillois et marseillais, s’ajoute celle entre les contextes économiques marqués par un déclin industrialo-portuaire.

Enfin, dernière propriété du consensus : Théry, comme Latarjet, est présumé un « homme de gauche ». Cette identité n’est pas un inconvénient dans un territoire politiquement morcelé où les villes-centres (Marseille et Aix) sont à droite, mais où les Conseils généraux et régionaux, ainsi que MPM, la communauté d'agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Etoile, du Pays de Martigues, de l’agglopole Salon Etang de Berre et Syndicat d'Agglomérations Nouvelles Ouest-Provence-Istres sont présidés par des socialistes.

En dépit de ces qualités, la tâche de Théry, chacun le reconnaît, s’avère délicate. Chargé de réconcilier les vues des élus locaux sur l’adoption d’une « métropole » telle qu’elle est définit par la loi, ceux-ci sont tous d’accord pour rejeter cette perspective.

Rappelons que la réforme des collectivités territoriales de décembre 2010 prévoient deux statuts aux grandes communes : les « métropoles » réservées aux espaces comprenant plus de 450 000 habitants, soit les territoires de Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice et Strasbourg ; et les « pôles métropolitains ». Ces derniers disposent d’une gestion plus souple et limitent les compétences partagées. Comme le rappelle Jacques Boulesteix, les premières sont, en revanche, davantage un « outil d’intégration ». Et c’est cette perspective qui suscite le refus parmi l’ensemble des responsables des intercommunalités, exceptés MPM.

La revendication d’une autonomie de la part des communes périphériques, par rapport à ce qui est ressentie comme une ambition hégémonique de la part de Marseille fonctionne comme une dépendance à un sentier institutionnel historiquement ancré et périodiquement réactivée. Par ailleurs, ces élus s’étonnent du lien établi entre le manque de coopération et d’intégration intercommunale et les difficultés subies par Marseille, objet de la visite ministérielle.

« En quoi l'intégration forcée d'Aix, Martigues, Aubagne, Salon ou Ouest-Provence dans une grande métropole ferait reculer la misère ou l'insécurité à Marseille ? » s’étonnent-ils.

Ce lien est soulevé par un échange sur twitter avec Renaud Epstein, sociologue et maître de conférence en science politique à l’Université de Nantes, spécialiste des questions de la politique de la ville et de la rénovation urbaine :

renaud epstein ‏@renaud_epstein
L. Théry préfet de l'agglo Marseille http://bit.ly/QnVKnp  ou le pari de la résolution des pbs politiques & sécurité par le projet urbain

Nicolas Maisetti ‏@nmaisetti
@renaud_epstein Pas sûr que Théry traitera de la sécurité, ce sera plutôt le rôle du nveau préfet de police, Bonnetain, non ? #MétropoleMars

renaud epstein ‏@renaud_epstein
@nmaisetti Oui & non. Ds contexte rabattement de la prévention délinq sur prev. situationnelle, le projet urbain est paré de vertus magiques

Quelles sont donc les « vertus magiques » du projet urbain évoquées par Renaud Esptein ? Les projets urbains sont en effet autre chose qu’un assemblage de programmes de construction immobilière, d’opérations financières ou d’incitations fiscales destinées à favoriser l’implantation d’entreprises. Non seulement, ils jouent sur la transformation de l’image d’un territoire, de son identité économique, comme fondement de l’amélioration de ses performances, mais ils fonctionnent, plus largement, comme des « instruments de l’action publique, autrement dit, des modes d’action » pour reprendre les termes de Gilles Pinson.

Aussi, le projet urbain n’est pas qu’affaire de requalification d’un quartier, il est surtout une instance de création d’une capacité d’action collective à l’échelle d’une agglomération. Il intègre et contribue à densifier des réseaux de coopération (qui dans le cas de Marseille s’avèrent pour le moins limités). Les travaux scientifiques sur la gouvernance urbaine tendent à conclure ainsi à l’existence d’acteurs collectifs ou de villes-acteurs permises par le projet urbain.

À Marseille, ce serait donc l’absence de dynamique collective du projet urbain qui expliquerait et alimenterait les logiques de fragmentation politique, de décrochage économique, nourrissant les conditions sociales de la délinquance. Cette hypothèse, au fondement de la nomination de Théry, témoigne en creux de l’ampleur de l’échec, aux yeux de l’État, du projet Euroméditerranée, pensé comme étant un « accélérateur de métropole ».

Le Premier ministre répond ainsi à ceux qui voient dans le projet de « métropole » un outil inadapté à la crise de Marseille, son insécurité et son chômage : nommer un spécialiste du dialogue inter-communal pour enrayer une situation de « très grande perdition » participerait, au contraire, à la lutte contre les « inerties, les conservatismes, les blocages ». Et de citer invariablement le cas de l’absence de réseau des transports publics sur les axes de l’agglomération.

Jean-Marc Ayrault a néanmoins prévenu : si la « magie » ne prend pas, le Parlement se saisira de la question. Pour une nouvelle étape de la mise sous tutelle de la ville ? ou de la construction de l’impossible métropole marseillaise ?

Crédit Photo : Ouest-France

lundi 10 septembre 2012

Les préfets de Marseille

A Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, se rend aujourd’hui à Marseille pour expliquer les mesures décidées lors du Comité interministériel « sur l’agglomération marseillaise ». Deux jours durant, il rencontrera les élus (tous les élus ?) du territoire pour évoquer les deux principales questions qui ont fait l’objet dela réunion de Matignon jeudi dernier : la délinquance et la métropolisation, qualifiée par le gouvernement comme « deux préalables au développement de l’agglomération de Marseille ».

Passé l’effet de surprise de l’absence d’articulation entre ces deux enjeux qui contraste avec la volonté répétée de proposer un « projet d’ensemble », on peut lire les trains de mesures annoncées comme l’introduction de nouveaux rapports de force institutionnels entre l’État et la ville traitée au prisme de l’exceptionnalité. Suffisant pour parler de mise sous tutelle. ?

La question de la délinquance

205 policiers et gendarmes renforceront les rangs de la sécurité publique ; une Zone de sécurité prioritaire dans les quartiers Sud viendra compléter au début de l’année 2013 celle déjà actée dans les quartiers Nord ; le tout sera accompagné de la construction de nouveaux centres éducatifs fermés et par le recrutement d’éducateurs en milieu ouvert.

Surtout, un « préfet de police » de plein exercice remplacera prochainement le préfet délégué à la sécurité. Sur le modèle parisien, le futur haut-fonctionnaire sera placé sous l’autorité directe du Ministre de l’Intérieur. Depuis Colbert, le préfet de police de Paris dispose de toute latitude pour faire respecter l’ordre public et la circulation (bonne chance à Marseille).

Qui pour occuper cette lourde tâche ? « Des nominations interviendront dans les prochains jours, les prochaines semaines » a déclaré Jean-Marc Ayrault. L’actuel titulaire du poste de préfet délégué à la sécurité (donc sous l’autorité du Préfet de région), Alain Gardère, ne tient pas la corde. En réponse à la proposition de Samia Ghali de recourir à l’armée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants dans les quartiers, Alain Gardère avait vanté une « ville plutôt paisible » et déclaré que le « nombre de policiers » est suffisant. Dès lors, on voit mal comment, le préfet Gardère, installé par Claude Guéant en août 2011 à la suite de « l’affaire du parking » et réputé proche de l’ancien Président de la République, pourrait rester à son poste. Si plusieurs noms circulent pour occuper le bureau (qui devra subir un léger réaménagement) du Préfet, celui de Christian Lothion, ancien patron de la PJ marseillaise en 2006 et actuel directeur central de la PJ est celui qui revient avec le plus d’insistance. Il deviendrait le 7e préfet chargé des questions de sécurité en 10 ans.

La question de la métropole

C’est le deuxième thème de la réunion du 6 septembre :

« Les besoins quotidiens de la population de l’agglomération ne sont pas satisfaits correctement, notamment en matière de transports et de logement. Les inégalités de ressources génèrent des disparités qui gênent le développement de l’ensemble de l’agglomération : ce sont tous les habitants de l’agglomération qui sont atteints quand la ville-centre n’a pas les moyens de financer ses infrastructures ou d’enrayer la dégradation des quartiers les plus pauvres. Les habitants savent que, dans une agglomération d’une telle densité, il ne peut pas y avoir deux vérités, celle en-deçà des limites d’une commune, et celle au-delà. De nombreux élus, ainsi que le monde économique, ont appelé à la création d’une grande métropole. »

Le diagnostic est depuis longtemps partagé par les experts, aménageurs, chefs d’entreprise de la région : l’absence d’intégration institutionnelle est un frein majeur au développement économique (voir les travaux du feu Club de l'aire métropolitaine marseillaise) . Ce débat est au moins aussi ancien que celui sur la sécurité. Dans l'immédiat après Première guerre mondiale, les élites économiques évoquaient l’hypothèse d’un Grand Marseille dans un rapport transmis au Conseil général. Cette idée reposait sur la construction d’une agglomération en cercles concentriques organisée autour d’un centre dédié au commerce et à la finance, du port à Fos et du tourisme dans les Calanques.

Ce projet butait déjà sur les résistances de certains élus locaux inquiets de voir des compétences et des fiefs électoraux leur échapper. L’ambition métropolitaine est remise sur le métier en 1963 lors de la création de la DATAR. Alors que le projet précédent était porté par les élites économiques locales, celui des années 1960 correspond à l’objectif étatique de favoriser l’émergence de métropoles régionales, les fameuses « métropoles d’équilibre ». Ce projet ressemble à celui des années 20, en particulier en partageant l’objectif de faire un Grand Marseille à partir d’une extension de la ville-centre et d’une annexion des périphéries. Hors de question pour les aïeux des Joyssains et consorts dans un contexte alors marqué par un dynamisme économique des périphéries et un plongeon industriel de Marseille.

Les innovation institutionnelles de la fin des années 90 ont tout de même débouché sur la création de la Communauté urbaine, mais qui reproduit la désagglomération et le morcellement historique d’une métropolisation impossible.

C’est ici qu’intervient la proposition de l’État de faire :

« en sorte que l’agglomération marseillaise (1,8 M habitants), qui est aujourd’hui organisée en 6 structures (Marseille Provence Méditerranée, CA Pays d’Aubagne, CA du Pays d’Aix, CA du Pays de Martigues, CA de Salon-Etang de Berre, et SAN Ouest-Provence -Istres-) chemine vers la solution de la métropole. »

Si cette solution est (même pas poliment) refusée par les élus locaux, reste à savoir si la création d’un poste de « Préfet chargé de la stratégie de l’agglomération » changera la donne. De quels moyens disposera cette nouvelle structure pour convaincre les élus d’accepter une solution métropolitaine refusée depuis un siècle ?

Crédits Photos : REUTERS/Charles Platiau

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