• Imprimer
  • A+
  • A-

Politique

Marseille bashing

Une métropole à Marseille, les ennuis commencent

C'est l'un des deux points principaux identifiés par le comité interministériel pour Marseille : "le déblocage de la question institutionnelle". Objectif : "cheminer vers la métropole" pour renforcer une coopération entre communes encore faible et éparse, marquée par la méfiance vis-à-vis de la ville centre. Décryptage.

Maryse Joissains, Eugène Caselli et Magali Giovannangeli, qui s'étaient engagés pour un pôle métropolitain.

Maryse Joissains, Eugène Caselli et Magali Giovannangeli, qui s'étaient engagés pour un pôle métropolitain.
Julien Vinzent

Partagez cet article

Agglomération, métropole. Comme le montre le nuage de tag du Lab, ce sont, avec Marseille et ses dérivés, les deux termes qui ressortent du discours de Jean-Marc Ayrault, en conclusion du comité interministériel consacré jeudi à la ville. Bien plus que la sécurité, thème qui a provoqué la tenue de cette réunion. Si la répétition traduit l'affirmation du rôle que le gouvernement entend lui voir jouer, le premier ministre a aussi mis le doigt sur la "question institutionnelle" et fixé un cap : "cheminer vers la métropole".

Le SAV d'Ayrault

Cette fois-ci non plus le terme générique, mais l'établissement public de coopération intercommunale (EPCI). C'est-à-dire, pour les non-lecteurs du Courrier des maires, des regroupements de communes type communauté d'agglomérations. Avec à la clé une fusion dans une seule et même structure des six EPCI identifiés comme "l'agglomération marseillaise" (toutes les Bouches-du-Rhône moins la Camargue et les Alpilles) ? "Pour l'instant on ne sait pas", répond Eugène Caselli, président socialiste de la communauté urbaine de Marseille.

Ses huit homologues du département, qui se sont réunis ce vendredi à Arles, répondent eux niet. Et l'ont indiqué dans un courrier à Ayrault, avant même sa tournéelundi et mardi "pour engager le dialogue sur ce projet". Une tournée de service après-vente qui l'oblige notamment à rencontrer Jean-Noël Guérini, qui en plus de tenir le plus gros budget de la région a encore l'influence nécessaire pour peser sur de nombreux maires.

Le premier ministre avait de toute façon pris garde de laisser le champ des possibles ouverts, en expliquant dans son discours que "l'inspiration doit être la métropole, mais en tenant compte de la complexité de ce territoire, pour préserver les services et les liens de proximité, et respecter les identités locales. Une seule agglomération, mais plusieurs pôles." Comprenne qui pourra.

"La métropole, personne n'en veut"

"Nous, on veut un seul pôle et plusieurs agglomérations", répond en tout cas par le biais d'un communiqué Magali Giovannangeli, présidente communiste du pays d'Aubagne et de l'Étoile. "Arrêtons les conneries, nous lance avec son franc parler habituel on homologue UMP du pays d'Aix Maryse Joissains. La métropole, personne n'en veut, ce n'est pas pour rien que j'ai pris la tête de l'opposition à la réforme de Sarkozy".

Laquelle prévoyait notamment que le préfet propose en 2011 une nouvelle carte de l'intercommunalité à une commission représentant les collectivités locales (la CDCI), pour une adoption d'ici fin 2012. Dans les Bouches-du-Rhône, Hugues Parant avait bien compris qu'il fallait composer avec "l’affirmation des identités et des particularismes" avec un schéma initial pas révolutionnaire présenté en avril 2011. À la fin de l'année, face à l'absence de consensus, il avait rangé dans son bureau le schéma, promettant de revenir à la charge dans le détail courant 2012.

Objectif : laisser une chance au pôle métropolitain, autre création de la réforme de 2010 qui s'apparente à une coopération métropolitaine à la carte sans fusion. Chose faite en février avec une réunion Caselli/Joissains/Giovannangeli lançant la création d'un pôle entre Marseille, Aix et Aubagne pour le 1er janvier 2013. Une initiative rejointe en mars par les autres intercommunalités du département. C'est pour poursuivre ce travail que les neuf présidents avaient prévu de longue date de se réunir ce vendredi.

Quel intérêt de relancer le débat, réveillant par exemple chez Maryse Joissains des discours anti-Marseille qu'elle avait mis en sourdine ces derniers mois ? Faire monter la pression pour éviter un pôle a minima avec, outre la création d'un avec "poste de préfet chargé de la stratégie de l’agglomération" qui les aura à l'oeil, l'assurance que "le gouvernement prendra ses responsabilités" sur ce point ? Voire. Le préfet pouvait déjà de toute manière imposer, moyennant l'accord d'un tiers des 55 membres de la CDCI, n'importe quel redécoupage.

Une métropole version socialiste ?

Peut-être l'appel des "forces vives", comprenez le collectif Osons la métropole ! pour qui le pôle métropolitain n'était pas suffisant, a-t-il été entendu. La séquence ouverte avec l'annonce du comité interministériel a en tout cas fait dévier Eugène Caselli, l'un des acteurs qui ont forgé le pôle métropolitain. À Businews, l'organe de l'Union patronale des entreprises, il expliquait fin août qu'il "n’est pas une solution, ça ne fonctionnera pas". Une position qui se lisait également entre les lignes de sa tribune du 5 septembre dans Libération, peut-être provoquée par la multiplication des sorties sur ce sujet de Patrick Mennucci, son rival socialiste potentiel pour la mairie de Marseille en 2014.

L'idée mise en avant par Eugène Caselli : une métropole version socialiste, par opposition à celle de Sarkozy, dont l'UMP Joissains et, last but not least, le premier ministre ne voulaient pas. Il s'agirait de se couler dans le nouveau cadre qui émergera de la loi de décentralisation qui devrait être présentée à la fin de l'année. "La métropole ne peut pas être dans le cadre de la loi du précédent gouvernement, qui ne pouvait se faire que sur la base du volontariat. Il faut donner des pouvoirs de proximité supplémentaire aux maires", explique-t-il. Idée partagée par le nouveau député écologiste de la 10e circoncription François-Michel Lambert, qui met dans le rayon "proximité l'urbanisme, la culture, les axes de développements des services publics locaux".

En admettant que tout ce petit monde se mette d'accord sur les compétences, la répartition des finances et des sièges, restera un point, soulevé par Maryse Joissains : "Vous connaissez quelqu'un qui serait suffisamment compétent, quelqu'un qui serait suffisamment charismatique pour diriger cet ensemble ?" Ajoutons qu'il devrait être soutenu de Fos à Aubagne en passant par Aix et Marseille. Mais à chaque jour suffit sa peine...

 

Actualisation lundi 10 septembre :  Nous publions ici la lettre que les 8 intercos favorables au pôle métropolitain plutôt qu'à la métropole ont envoyé mercredi au Premier Ministre et dont il a pu prendre connaissance avant ses annonces de jeudi. Mardi matin ces Présidents de communauté urbaine seront reçus par Jean-Marc Ayrault à la préfecture lors de sa tournée marseillaise. Pour l'instant seuls 6 d'entre-eux ont reçus un bristol, les 3 agglos hors périmètre du projet gouvernemental de métropole marseillaise ( Rhône Alpilles, Arles, Baux Alpilles ) n'ont pas été conviés alors qu'ils participent pourtant au projet de pôle métropolitain. Du coup, ils menacent de ne pas se rendre à l'invitation du Premier Ministre. Autre inconnue Eugène Caselli qui a séché la dernière réunion du pôle métropolitain vendredi dernier sera t'il là ? Réponse mardi matin.

 

 

Par Julien Vinzent, le 7 septembre 2012

  • Imprimer
  • A+
  • A-

Ça vous rend...