Un pôle métropolitain sans Marseille

Les huit intercommunalités des Bouches-du-rhône hors Marseille créent leur pôle métropolitain. Un nouveau moyen de pression dans le débat autour de la "grande agglomération marseillaise" initié par Jean-Marc Ayrault.

En février, Eugène Caselli s'était engagé pour un pôle métropolitain avec Maryse Joissains et Magali Giovannangeli

En février, Eugène Caselli s'était engagé pour un pôle métropolitain avec Maryse Joissains et Magali Giovannangeli
Julien Vinzent

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Ils avaient débuté leur réunion à dix heures avant l'arrivée en guest d'Eugène Caselli une heure plus tard. Les 8 présidents d'intercommunalités hors Marseille voulaient tomber une nouvelle fois à bras raccourci sur la métropole sauce Ayrault. Même Bernard Granié, pourtant définitivement condamné à 5 ans d'inéligibilité, était là dans le salon d'honneur lambrissé de la mairie de Saint-Rémy-de-Provence. L'heure de battement leur a permis de ficeler leur pôle métropolitain, sans Marseille, Caselli ayant changé d'avis depuis l'annonce du plan interministériel. Le 1er janvier naîtra donc le pôle de coopération Provence 13.

Le président de Marseille Provence métropole, après avoir snobé la dernière réunion, a tout de même renoué le dialogue. Le débat, du peu qu'on ait pu entendre à travers la porte (attention, grand journalisme d'investigation) avait tout d'une pièce bien orchestrée. Regardez, aurait pu dire Caselli, moi aussi je suis un homme de concertation mais à la fin je tranche, partant du fait que, selon lui, le pôle métropolitain, basé sur le volontariat, ne répond pas aux enjeux.

De fait, entre les embrassades du début, la belle photo de famille et le départ bras dessus bras dessous de Caselli et Granié, on pourrait penser que la réunion a été particulièrement cordiale, "franche" dira Caselli. Maryse Joissains, patronne de la communauté du pays d'Aix (CPA), s'est positionnée en chef de bande des "hors Marseille" reprenant y compris les accusations de Magali Giovanangeli, la présidente communiste de la communauté du pays d'Aubagne, d'une métropole "servant les intérêts financiers" avant de fustiger la volonté hégémonique de Marseille.

"Pas tout à fait calmes"

La dernière louche versée par Gaby Charroux dévoile l'angoisse du néo-député communiste : "Il nous restera l'inauguration des chrysanthèmes". Invité à expliciter, le président de la communauté martégale lâchera à la sortie de la réunion : "Ils veulent s'octroyer la totalité des leviers : le foncier, les finances et la gestion humaine, l'emploi mais surtout le logement et, en plus, ils veulent faire de l'argent à partir des territoires." Certains élus comme l'Arlésien Claude Vulpian vont déjà à reculons vers le pôle métropolitain. Alors, la métropole...

On l'aura compris, si ça se met en place, "il y aura des réactions qui ne peuvent pas être tout à fait calmes", lance Joissains. Mais pas question de se contenter des réactions, le club des 8 veut montrer qu'il agit. Selon ses statuts entérinés ce matin, le pôle, "un outil léger et souple" forcément, devra essentiellement s'occuper de la "valorisation du territoire" et du "développement des infrastructures de transports". Le budget sera versé par les intercommunalités participantes proportionnellement à leur population. Ainsi, la CPA participera à hauteur de 39,15 %. Mais pas de panique elle n'en sortira pas ruinée, les trois simulations de budget (hors subventions extérieures) aujourd'hui envisagées sont de 500 000, 1 million et 1,5 million d'euros. Modeste.

Que dira Matignon ?

Le même empressement existe au syndicat mixte des transports destiné à devenir de plein exercice, comprenez qui devienne l'unique autorité unique des transports (AOT). Le conseil général et plusieurs collectivités veulent l'acter lors d'une réunion la semaine prochaine. "Ca fait consensus, on y est poussés par le premier ministre", glisse André Guinde, vice-président du CG13, qui reconnaît que c'est une manière de "donner des gages". Mais Caselli fait là encore bande à part au son de "ça viendra avec la métropole". Du coup, comme MPM y dispose d'un tiers des pouvoirs et qu'une décision nécessite au moins 75 % des voix pour être acceptée, cela attendra.

Face à ce qui ressemble aussi à un jeu de postures, chacun attend in fine la main de Matignon et de son envoyé spécial métropole Laurent Théry qui s'est décommandé ce matin d'un débat sur l'aménagement urbain au Silo. Pour Caselli, la métropole se fera de toute façon au début de l'année prochaine. En face, on s'organise. Charroux a rencontré Marylise Lebranchu, ministre en charge des collectivités territoriales, la semaine dernière, Frédéric Vigouroux a reçu le ministre de la ville François Lamy à Miramas. Ceux-ci veulent croire qu'ils n'oseront pas créer "d'autorité" une métropole, au risque de se mettre à dos certains élus dont les voix pourraient s'avérer précieuse pour conserver la fragile majorité politique au Sénat, a habilement glissé Joissains.

Par Jean-Marie Leforestier, le 28 septembre 2012

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Ça vous rend...

Un pôle métropolitain sans Marseille

Les huit intercommunalités des Bouches-du-rhône hors Marseille créent leur pôle métropolitain. Un nouveau moyen de pression dans le débat autour de la "grande agglomération marseillaise" initié par Jean-Marc Ayrault.

En février, Eugène Caselli s'était engagé pour un pôle métropolitain avec Maryse Joissains et Magali Giovannangeli

En février, Eugène Caselli s'était engagé pour un pôle métropolitain avec Maryse Joissains et Magali Giovannangeli
Julien Vinzent

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Ils avaient débuté leur réunion à dix heures avant l'arrivée en guest d'Eugène Caselli une heure plus tard. Les 8 présidents d'intercommunalités hors Marseille voulaient tomber une nouvelle fois à bras raccourci sur la métropole sauce Ayrault. Même Bernard Granié, pourtant définitivement condamné à 5 ans d'inéligibilité, était là dans le salon d'honneur lambrissé de la mairie de Saint-Rémy-de-Provence. L'heure de battement leur a permis de ficeler leur pôle métropolitain, sans Marseille, Caselli ayant changé d'avis depuis l'annonce du plan interministériel. Le 1er janvier naîtra donc le pôle de coopération Provence 13.

Le président de Marseille Provence métropole, après avoir snobé la dernière réunion, a tout de même renoué le dialogue. Le débat, du peu qu'on ait pu entendre à travers la porte (attention, grand journalisme d'investigation) avait tout d'une pièce bien orchestrée. Regardez, aurait pu dire Caselli, moi aussi je suis un homme de concertation mais à la fin je tranche, partant du fait que, selon lui, le pôle métropolitain, basé sur le volontariat, ne répond pas aux enjeux.

De fait, entre les embrassades du début, la belle photo de famille et le départ bras dessus bras dessous de Caselli et Granié, on pourrait penser que la réunion a été particulièrement cordiale, "franche" dira Caselli. Maryse Joissains, patronne de la communauté du pays d'Aix (CPA), s'est positionnée en chef de bande des "hors Marseille" reprenant y compris les accusations de Magali Giovanangeli, la présidente communiste de la communauté du pays d'Aubagne, d'une métropole "servant les intérêts financiers" avant de fustiger la volonté hégémonique de Marseille.

"Pas tout à fait calmes"

La dernière louche versée par Gaby Charroux dévoile l'angoisse du néo-député communiste : "Il nous restera l'inauguration des chrysanthèmes". Invité à expliciter, le président de la communauté martégale lâchera à la sortie de la réunion : "Ils veulent s'octroyer la totalité des leviers : le foncier, les finances et la gestion humaine, l'emploi mais surtout le logement et, en plus, ils veulent faire de l'argent à partir des territoires." Certains élus comme l'Arlésien Claude Vulpian vont déjà à reculons vers le pôle métropolitain. Alors, la métropole...

On l'aura compris, si ça se met en place, "il y aura des réactions qui ne peuvent pas être tout à fait calmes", lance Joissains. Mais pas question de se contenter des réactions, le club des 8 veut montrer qu'il agit. Selon ses statuts entérinés ce matin, le pôle, "un outil léger et souple" forcément, devra essentiellement s'occuper de la "valorisation du territoire" et du "développement des infrastructures de transports". Le budget sera versé par les intercommunalités participantes proportionnellement à leur population. Ainsi, la CPA participera à hauteur de 39,15 %. Mais pas de panique elle n'en sortira pas ruinée, les trois simulations de budget (hors subventions extérieures) aujourd'hui envisagées sont de 500 000, 1 million et 1,5 million d'euros. Modeste.

Que dira Matignon ?

Le même empressement existe au syndicat mixte des transports destiné à devenir de plein exercice, comprenez qui devienne l'unique autorité unique des transports (AOT). Le conseil général et plusieurs collectivités veulent l'acter lors d'une réunion la semaine prochaine. "Ca fait consensus, on y est poussés par le premier ministre", glisse André Guinde, vice-président du CG13, qui reconnaît que c'est une manière de "donner des gages". Mais Caselli fait là encore bande à part au son de "ça viendra avec la métropole". Du coup, comme MPM y dispose d'un tiers des pouvoirs et qu'une décision nécessite au moins 75 % des voix pour être acceptée, cela attendra.

Face à ce qui ressemble aussi à un jeu de postures, chacun attend in fine la main de Matignon et de son envoyé spécial métropole Laurent Théry qui s'est décommandé ce matin d'un débat sur l'aménagement urbain au Silo. Pour Caselli, la métropole se fera de toute façon au début de l'année prochaine. En face, on s'organise. Charroux a rencontré Marylise Lebranchu, ministre en charge des collectivités territoriales, la semaine dernière, Frédéric Vigouroux a reçu le ministre de la ville François Lamy à Miramas. Ceux-ci veulent croire qu'ils n'oseront pas créer "d'autorité" une métropole, au risque de se mettre à dos certains élus dont les voix pourraient s'avérer précieuse pour conserver la fragile majorité politique au Sénat, a habilement glissé Joissains.

Par Jean-Marie Leforestier, le 28 septembre 2012

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